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3 - Le Hortus deliciarum de l’abbesse Herrade de Landsperg. (de Hohenbourg)
3-2.  État du Codex. (Description diplomatique.) 
Il est certain que Herrade consacra tous les moments de loisir de sa vie monastique à son œuvre ; de par sa conception d’ensemble et son exécution soignée, aussi bien pour l’écriture que pour les peintures, celle-ci ne peut être que le fruit de plusieurs années de travail.
On ne trouve nulle part dans le manuscrit l’année de son véritable achèvement. Un titre moderne, qui, comme une nouvelle préface, a probablement été ajouté au monastère chartreux de Molsheim, donne 1180 ; cette indication a été admise par la plupart de ceux qui ont parlé du livre, et certains vont même jusqu’à considérer que l’ensemble aurait été achevé cette année-là.
Le manuscrit lui-même ne contient que deux indications de date, toutes deux dans une sorte de calendrier qui, pour de nombreuses années, donne le calcul du dimanche de la Quadragésime, de la fête de Pâques, etc. ; dans l’une se trouve ces mots : « facta est haec pagina anno MCLXXV » ; dans l’autre, qui consiste en un poème où chaque mot représente une année : « si quaeritur » — si quelqu’un demande à quelle époque cela fut fait : en l’an mille cent cinquante-neuf après Jésus-Christ. 
Le manuscrit de Herrade se compose de 324 feuillets de parchemin (648 pages), dont 255 sont en très grand format in-folio et 69 dans des formats plus petits **) ; ces derniers ont été insérés en partie par l’auteur, après l’achèvement du feuillet principal, avec de nouveaux extraits ou explications, ou encore des peintures.
Note
**) Comme une ancienne note sur la première et la dernière page donne le nombre des feuillets comme étant de 342, il faut constater qu’une lacune est apparue ultérieurement ; elle doit se situer notamment entre les folios 15 et 16, car on y remarque une interruption dans la continuité du texte.
Le parchemin est épais et fibreux, mais par ailleurs propre ; les grands feuillets sont disposés en deux colonnes, probablement réglées au plomb ; l’écriture présente une minuscule néogothique grasse, presque entièrement achevée ***), avec plusieurs abréviations qui toutefois ne gênent pas la lecture ; les i sont accentués lorsqu’ils se suivent par deux ; pour oe et ae, on emploie le plus souvent e.
Note
***) Notre 10e planche gravée sur cuivre donne notamment des spécimens d’écriture, ainsi que l’ancien titre en lettres onciales.
Seules les dernières lignes de l’ancien titre, de nouveau écrites en minuscule, présentent ces hastes et hampes disproportionnellement allongées que l’on observe dans certains diplômes de l’époque de Frédéric Barberousse.
Extrait  10e planche gravée sur cuivre Les premières lignes de l’ancien titre, ainsi que les lettres initiales dans le cours du texte, sont en capitales et onciales mêlées, avec des ornements gothiques, mais encore sans véritable …
Surcharge.
Outre les titres des chapitres, les lettres initiales de chaque section sont écrites en rouge ; les premières lignes de l’ancien titre alternent entre lettres rouges et noires. Dans le cours d’une section, on remarque également assez souvent que les initiales d’une phrase sont ornées de rouge, généralement lorsque l’auteur a rassemblé des passages provenant de différents chapitres d’un même auteur. Enfin, la couleur rouge servait aussi à barrer le texte, au point que l’on rencontre des pages entières ainsi traitées.
Les vers des poèmes lyriques sont écrits sans séparation de paragraphes, mais les strophes sont distinguées par leurs initiales rouges. En revanche, dans les hexamètres et pentamètres, chaque vers occupe une ligne particulière.
Que le Codex était à l’origine dépourvu de reliure est montré par la saleté présente sur la face extérieure du premier et du dernier feuillet, qui, puisqu’ils devaient servir de couverture, ne portent une écriture que sur leur face intérieure ; c’est pourquoi le titre original se trouve au verso du premier feuillet.
Par la suite, une reliure à gros plats de bois, recouverts de peau de porc portant des figures estampées, fut ajoutée, puis, plus tard encore, une couverture de velours rouge, à travers les interstices de laquelle on aperçoit la première reliure. La tranche fut également enduite de peinture jaune puis dorée par-dessus.
On reconnaît encore les traces des fermoirs et des boutons. Pour le reste, le Codex est bien conservé ; seuls quelques feuillets ont quelque peu souffert de l’humidité.