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3 - Le Hortus deliciarum de l’abbesse Herrade de Landsperg. (de Hohenbourg)
3-3.  La bibliothèque de Herrade. (Sources utilisées par Herrade.)
En réalité, l'ouvrage consiste, comme on l'a déjà remarqué précédemment, en une collection systématique d'extraits des Pères de l'Église et des écrivains ecclésiastiques, ainsi que de quelques écrits de contenu varié. Herrade elle-même le présente ainsi dans sa préface :

« Je vous fais savoir, à vous qui êtes saintes [elle s'adresse à sa communauté monastique], que j'ai composé ce livre, intitulé Hortus deliciarum [Jardin des délices], à partir des diverses fleurs de l'Écriture sacrée et philosophique, comme une petite abeille, sous l'inspiration de Dieu, et que, pour la louange et l'honneur du Christ et par amour pour vous, je les ai assemblées pour ainsi dire en un seul rayon de miel plein de douceur, etc. »

L'abbesse érudite indique soigneusement ses sources et donne ainsi un aperçu fidèle de l'importance de sa bibliothèque pour son époque, et particulièrement pour un monastère de femmes ; celle-ci comprenait également quelques-unes des productions les plus récentes de son temps.

Parmi les écrivains dont les œuvres ont depuis lors été entièrement ou partiellement imprimées, elle utilisa les suivants :

Anselme, évêque de Cantorbéry († 1109) ; elle lui emprunta principalement un poème de plusieurs pages, De Sacramentis novi sacrificii, qui ne figure dans aucune édition de ses œuvres ; — Augustin ; — Bède ; — des passages considérables de l'Itinerarius, faussement attribué à Clément Romain, ouvrage par ailleurs très ancien, composé en partie dans un esprit gnostique (communément appelé les Recognitiones).
« Elle dit à ce sujet : “Ce sont des extraits d’un certain livre appelé Itinerarius Clementis, dans lequel certains chapitres ont été admis par les catholiques, d’autres condamnés.” »
L'importance du nombre d'Auteurs cités par Herrade a conduit le responsable du site a constituer une page "Auteurs"
« Elle puisa encore chez : Eusèbe de Césarée ; Frechulfus († 853) ; Gennadius de Marseille († 495) ; Grégoire, évêque et martyr (à savoir Grégoire le Thaumaturge, et plus précisément dans son Expositio fidei) ; Jérôme ; Honorius d’Autun (sa Gemma animae et l’Elucidarium, qui est habituellement publié avec les œuvres d’Anselme ; Herrade ne donne pour ces deux ouvrages que le titre, sans le nom de l’auteur) ; Jean Chrysostome (peu) ; Irénée (Histoire ecclésiastique) ; Isidore l’Espagnol († 636) ; Yves, évêque de Chartres († 1115) ; le pape Léon Ier ; Maxime, évêque ; Méthode ; Pierre le Mangeur (Historia scholastica), contemporain de Herrade (il mourut après elle, en 1198) ; Pierre Lombard († 1164), dont elle utilise de grands passages ; Rupert, abbé de Deutz près de Cologne († 1135) ; Smaragde († 810). »
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« De la Bible elle-même, de nombreux passages sont transcrits ; en dehors des livres historiques, Herrade, comme beaucoup d’écrivains ecclésiastiques de cette époque, fut principalement inspirée, dans l’Ancien Testament, par le Cantique des Cantiques, dans son rapport mystique au Christ et à l’Église ; et, dans le Nouveau Testament, par l’Apocalypse, qui fournit également fréquemment matière à ses peintures. »
« Mais Herrade puisa également dans plusieurs écrits qui, à ce qu’il semble après une recherche attentive, étaient jusqu’à présent inconnus, ou du moins restés non imprimés. Beaucoup de textes théologiques… »
Des remarques sur la Bible et sur son interprétation allégorique et mystique se trouvent sous le titre : ex sermone cujusdam doctoris (« d’un sermon d’un certain docteur ») ; également extraites d’un Speculum ecclesiae (« Miroir de l’Église ») — il ne s’agit ni de l’ouvrage de ce titre de Hugues de Saint-Victor, ni de celui de l’évêque Gratiolus, qui n’a été composé qu’après Herrade et contient une critique du clergé.
La plupart des notices cosmologiques, astronomiques, chronologiques, géographiques, ainsi que quelques notes agronomiques et autres observations de nature analogue, lui furent fournies principalement par un ouvrage intitulé Aurea gemma (« Perle d’or »). Certains passages correspondent certes, même littéralement, au De imagine mundi d’Honorius d’Autun, par exemple certaines étymologies curieuses, comme celle de Germania, dérivée de germinare, parce que tant de peuples y ont essaimé (a populis numerosissimis et innumeris, unde et propter fecunditatem gignendorum populorum Germania dicitur) soit (« par des populations très nombreuses et innombrables, d’où l’Allemagne est aussi appelée ainsi en raison de la fécondité avec laquelle elle engendre des peuples ») ; Arion est dit dériver de urina, bien que [cela provienne] de l’inondation des eaux, etc.
Mais sur de nombreux points, cet ouvrage diffère de celui-là : ainsi Honorius fait-il la Lune plus grande que la Terre, tandis que l’Aurea gemma n'accorde ce privilège qu'au Soleil, et non à la Lune. De plus, Honorius ne possède pas tous ces chapitres qui, dans l’Aurea gemma, sont consacrés à des sujets agronomiques et autres objets analogues. D’autres remarques cosmologiques, astronomiques et chronologiques sont communiquées sous le titre ex quodam astrologo (« d’un certain astrologue »). Cet astrologue, comme Honorius d’Autun, considère la Lune comme plus grande que la Terre (corpus enim solis triplo quantitatem lunae superare dicitur, lunam autem triplo majorem terra dicitur) soit (« Car le corps du Soleil est dit dépasser de trois fois la grandeur de la Lune, et la Lune est dite trois fois plus grande que la Terre. »). Une explication météorologique, dans laquelle l’astrologue anonyme rejoint également Honorius, semble assez remarquable pour être rapportée ici, puisqu’elle n’est pas si éloignée des conceptions modernes, et qu’un physicien actuel aura pourtant difficilement l’idée de s’égarer jusqu’à cet ancien compendium de physique ou de cosmologie, perdu parmi les traités ecclésiastiques. 
*« Le passage concerne les étoiles filantes. Celles-ci ne sont pas, dit l’Astrologue, comme le croit le vulgaire, des étoiles qui tombent ; leur formation est provoquée par le vent qui, en circulant autour de la Terre, touche également l’éther et lui arrache des étincelles qui brillent comme des étoiles ). »
« Sans indication de source, on trouve quelques courts articles sur la philosophie et les arts libéraux, notamment sur la musique et la poésie. Enfin, on trouve des passages théologiques tirés d'un Speculum Sanctae Mariae, de Raymond de Marseille, d’une Disputatio contra Judaeos de saint Sylvestre, de saint Léonard Confesseur, et d’une Vita S. Serrati, où Mahomet (Mahamet) est notamment cité dans une énumération des hérétiques. »