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3 - Le Hortus deliciarum de l’abbesse Herrade de Landsperg. (de Hohenbourg)
Note de l'auteur du site
Comme le mentionne Engelhardt "Ces sujets forment une peinture d’ensemble qui se développe sur plusieurs pages" Herrade a réalisé "un jugement dernier" comme on le faisait sur les tympans des églises et cathédrales. Sauf que la dimension des folios ne lui permettait pas la vision globale de ce sujet.

Le père Directeur Auguste Christen du Mont Sainte Odile, quand il faisait coloriser par Mme Tisserant les folios de l'Hortus deliciarum, il les plaçait sur une grande table côte à côte, reconstituant ainsi la vision classique du "Jugement dernier".

Pour reprendre cette présentation, le Codex, accessible sur ce site, présente sur le folio 245R et suivants, un accès direct à cette présentation de sept folios côte à côte.

Il faudrait par un jeu de deux écrans, lire le texte d'Engelhardt ci-contre, en visionnant la reconstitution du "Jugement Dernier", ce que nous vous encourageons à faire.
3-4.  Vue d’ensemble du contenu selon le texte et les peintures
Le Jugement dernier, le paradis céleste, l’enfer, le plus souvent d’après les indications de l’Apocalypse, occupèrent alors la riche imagination de la représentatrice. Ces sujets forment une peinture d’ensemble qui se développe sur plusieurs pages. La peinture centrale montre le Christ sur un trône formé d’un arc-en-ciel, au milieu du champ supérieur ; au-dessous, dans le deuxième champ, sur des roues ailées, des Séraphins avec les quatre têtes de l’Ange et des animaux des Évangélistes ; et dans le troisième champ, également au centre, la Croix, ainsi que tous les instruments de la Passion du Christ souffrant, posés sur un trône rembourré, porté en triomphe par des anges. Devant la Croix est posé ouvert le Livre de la Justice. À droite et à gauche de la Croix, Adam et Ève sont agenouillés. Dans le champ supérieur, auprès du Christ, se tiennent Marie et Jean-Baptiste ; à côté, et auprès des Chérubins dans le champ central, tous les Apôtres sont assis sur une banquette transversale, derrière chacun d’eux se tient un ange. de
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Du côté droit du Christ se tiennent, dans le champ inférieur, par groupes, les Patriarches, les Prophètes, les disciples du Seigneur et les plus petits Apôtres ; ils forment le début des groupes des élus que l’on voit sur la page précédente. Sur une feuille insérée entre les peintures centrales, on voit Belzébuth (ici peint en brun), amené, les mains et les pieds liés par des anges. Sur les feuilles placées devant la peinture centrale (c’est-à-dire toujours à la droite du Juge), on trouve, dans les pages suivantes, dans le champ médian de l’une des pages, l’ange avec les trompettes ; les morts qui ressuscitent de leurs tombeaux ; et, dans le champ inférieur, des animaux prédateurs de toute espèce — quadrupèdes, oiseaux et poissons — qui rejettent les membres de ceux qu’ils avaient autrefois dévorés ; à côté se trouve l’ange qui enroule le ciel et les étoiles comme un parchemin. Sur la page qui lui fait face, dans le champ médian, le ciel et la terre en flammes ; et, dans le champ inférieur, le nouveau ciel avec le soleil, la lune et les étoiles, dans une sphère dont le visage du Christ constitue le centre ; à côté, le nouveau globe terrestre couvert d’une jeune verdure et de fleurs. Les champs supérieurs des deux pages, ainsi qu’une partie du champ médian, sont occupés par les groupes suivants des élus, dans l’ordre suivant : les martyrs ; les papes, les évêques et le clergé ; les abbés et les moines ; les ermites et les membres des ordres les plus austères ; les veuves ; les abbesses et les nonnes ; les rois et les princes ; les juges et tous les laïcs pénitents, des deux sexes. Sur les deux pages précédentes, les élus qui ont reçu la couronne de vie sont représentés entre des palmiers. 
Enfin, sur la plus avancée de ces feuilles, est représenté l’ensemble du royaume céleste selon son ordre hiérarchique définitif : en haut, le Christ sur le trône ; au-dessous, divisé par de larges barres dorées en autant de champs ou de rangées, les bustes, d’abord des Vierges, puis des Apôtres, des Martyrs et des Confesseurs, tous, jusqu’ici, avec autour de la tête un éclat doré ou nimbe ; puis les Prophètes, les Patriarches avec un nimbe argenté, les continents avec un nimbe rouge, les personnes mariées avec un nimbe vert, enfin les femmes avec un nimbe jaune ; toujours, à chacun des Bienheureux, est associé un ange.
À gauche du trône du Christ, dans la peinture centrale, jaillit un torrent de feu qui sépare les damnés ; tous ceux-ci avancent sur des flammes : d’abord les faux prophètes, puis, sur la page suivante, les faux apôtres, et ensuite les faux papes et évêques, etc., toujours en groupes distincts, selon le même ordre que précédemment pour les élus ; seulement, en dernier lieu, les Juifs et les païens, dont, naturellement, on n’en voit aucun parmi les élus. Dans le champ inférieur, enfin, tous les damnés, sans autre classement, prêtres et laïcs mêlés, sont poussés par les anges, par les mains et les pieds et à coups de fourches, dans le bourbier infernal, tandis que les flammes se referment déjà au-dessus de leurs têtes. On reconnaît parmi ces damnés un accapareur de grains à son sac de céréales.
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L'Enfer occupe la feuille suivante. Une peinture digne de Callot. Une grotte, dans le creux de laquelle jaillissent des flammes et où rôtissent les damnés, en constitue l'encadrement. Des mers de flammes divisent l'intérieur en quatre champs. Dans le plus bas, au fond le plus profond de l'Enfer, Lucifer ou Satan est assis, enchaîné, avec l'Antéchrist sur ses genoux. 255R
Ensuite, un démon amène un moine avide d'argent, dont on voit aussitôt la punition à côté : il est étendu nu sur le dos, tandis qu'un démon lui verse de l'or incandescent dans la gorge. Dans le deuxième champ à partir du bas sont suspendues deux chaudières ; dans l'une, on fait bouillir les Juifs, dans l'autre les guerriers (l'inscription de cette dernière dit : milites vel armati - soldats ou hommes armés). Des démons maintiennent encore suspendus des suppliciés des deux catégories, destinés à augmenter le nombre de ceux qui sont dans les chaudières ; d'autres démons remuent leur contenu avec des fourches. Devant la chaudière des Juifs, un démon est agenouillé et, coiffé de son bonnet rouge, maintient sur son autre genou un supplicié nu, tandis qu'il lui inflige sur les fesses, avec la main ouverte, la punition des écoliers qui apprennent leur alphabet. Dans le champ supérieur, on verse de l'or incandescent dans une main. Le prodigue doit lécher un crapaud ; on pince les oreilles de celui qui dénonce ; des démons font la toilette d'une femme coquette (ils semblent la serrer dans un corset) ; la meurtrière d'enfants doit dévorer son propre enfant.
Plus loin, un damné est suspendu par les pieds ; de son cou pend, au bout d'une corde, un bloc sur lequel se balance également un démon.
 Un démon le torture également. On trouve encore ici des débauchés, enlacés et mordus par des serpents ; un suicidé s'enfonce éternellement le couteau dans le corps.
L'Enfer occupe la feuille suivante
folio 255r - Christen-Tisserant
Cette image n'était pas incluse dans l'ouvrage d'Engelhardt