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folio
3 - Le Hortus deliciarum de l’abbesse Herrade de Landsperg. (de Hohenbourg)
Les Justes dans le sein d'Abraham
3-4.  Vue d’ensemble du contenu selon le texte et les peintures
 les marches de l’échelle  Au verso de cette feuille, on rencontre quelques peintures qui n'appartiennent plus à cette série, mais qui sont extrêmement étranges, et dont seul le contour à la plume est encore achevé. D'abord encore un microcosme ; puis deux chimères composées de membres des êtres les plus divers, accompagnées du jeu poétique suivant destiné à les expliquer, les mots placés les uns sous les autres donnant eux aussi toujours un sens qui explique l'image.
255V
Le texte s'attarde maintenant plus longuement sur la Babylone pécheresse et sur la Jérusalem céleste de l'Apocalypse. La première est représentée dans son orgueil et au moment de sa chute. Ces peintures sont de plus grand format et occupent chacune une page entière du folio, sans division. La grande Babylone, en reine, vêtue de magnifiques habits, la couronne sur la tête, tenant à la main une coupe d'or, est assise sur le monstre à sept têtes et dix cornes, peint en rouge brique ; les sept têtes sont représentées de telle sorte que six petites têtes, à la place d'une crinière, se trouvent derrière la tête véritable de l'animal. Ecclésiastiques et laïcs se tiennent là, pleins d'admiration, s'abandonnant à la reine du péché. Au verso, la Femme et la Bête, la partie inférieure placée en haut, sont précipitées par des anges dans l'étang de feu. Gémissant et désespérés, les partisans égarés contemplent cette catastrophe. 258R
258V
Dans le même format est représentée, d'après l'Apocalypse, la Femme (l'Église), portant sur la tête le diadème d'étoiles, revêtue du soleil et ayant la lune sous ses pieds. Le disque solaire, qui est très grand, se trouve le long du dos de la figure féminine, qui elle-même se tient sur le quartier de lune éclairé ; la partie non éclairée du disque lunaire, qui dépasse davantage, touche le disque solaire. Un ange emporte l'enfant mis au monde par la Femme. Au-dessous de la Femme se trouve, d'un côté, le dragon à sept têtes, répandant son venin ; en face, l'autre bête à sept têtes, sous la forme d'un lion, blessant avec une épée les fidèles qui apparaissent derrière la Femme. Chez ces deux monstres, six petites têtes forment une couronne derrière la première tête, plus grande. 261V
La Jérusalem céleste suscite encore une description des douze pierres précieuses les plus précieuses, avec leur signification allégorique, ainsi qu'un poème de Herrade, accompagné de musique, sur le même sujet.
Le Paradis est représenté allégoriquement dans une grande peinture : la figure colossale d'Abraham est assise sur un trône entre des palmiers ; dans le sein du Patriarche repose le groupe des élus. Les couronnes de vie sont suspendues au-dessus. Dans les quatre angles, on aperçoit les dieux-fleuves des quatre fleuves du Paradis, avec leurs urnes. 263V
note ; Ici commence des textes annexes, sans miniatures
Cela termine l'œuvre principale proprement dite de Herrade, après laquelle elle fournit d'abord, de manière suivie, des extraits de Pierre Lombard sur l'ensemble des matières dogmatiques et morales de la doctrine de la foi et des lois de l'Église. On trouve ensuite plusieurs chapitres tirés de l’Itinerarium attribué à Clément Romain, dans lesquels sont racontées, sous forme de dialogue — les interlocuteurs étant en partie des chrétiens, parmi lesquels des nouveaux convertis, et en partie des personnes encore attachées au paganisme — diverses opinions des philosophes païens sur la divinité et sur l'origine du monde, l'histoire de la Création selon la mythologie, les pratiques et les conceptions religieuses de différents peuples païens, notamment en ce qui concerne la magie et l'art de la divination, l'histoire des dieux et des héros grecs et romains, et enfin divers récits concernant Simon le Magicien, rival de l'apôtre Pierre. »
Doctrine de la Loi
Lois de l'Eglise
Sans indication de source, peut-être de Herrade elle-même, vient un traité polémique sur le droit du clergé régulier, droit contesté par le clergé séculier, d'assurer la desserte des paroisses et, de manière générale, d'exercer la charge pastorale. Un argument principal en faveur de cette dernière repose sur une distinction véritablement dialectique : puisque seule la conduite régulière du clergé séculier le rendrait apte à une telle fonction, il faudrait par conséquent qu'il soit régulier — condition qui, chez le clergé régulier, existe déjà par elle-même. Clergé régulier *
et
clergé séculier °
* qui vit selon une règle, donc des moines et moniales
On rencontre ici diverses remarques intéressantes sur le mode de vie non canonique du clergé séculier. Ainsi, il est dit par exemple : ils n'obéissaient pas aux prescriptions canoniques, sans même parler des abus encore plus graves ; ils consacraient davantage de temps aux jeux et aux parties de chasse qu'à l'enseignement et aux exercices de dévotion ; ils préféraient dépenser les revenus de l'Église avec des bénéficiaires de prébendes et des gens frivoles plutôt que de les consacrer aux pauvres, etc.
° qui vit dans le siècle, donc en paroisse
Ce traité se termine par un chapitre sur les débuts de l'usage des vêtements précieux chez les ecclésiastiques, où sont formulées des plaintes concernant leur mauvais usage, ainsi que sur les processions inconvenantes qui étaient organisées dans les églises, en de nombreux endroits, le jour des Rois mages ou pendant l'octave de cette fête. Vêtements précieux
315R
Vient maintenant une liste des papes avec les années de leur règne *I). À partir d'Eugène III, ces dernières font défaut. Les noms d'Urbain III, de Grégoire VIII et de Clément III, qui occupèrent le siège pontifical dans les dernières années de Herrade, sont encore écrits d'une main tremblante. Il paraît étrange que Lucius III, avec lequel Herrade avait eu plusieurs affaires à traiter et qui avait confirmé ses fondations, soit donné sous le nom de Lucius II. Liste
des Papes
 la figure colossale d'Abraham est assise sur un trône entre des palmiers de 315V
à 317 V
folio 263 V Christen-Tisserant Cette image n'était pas incluse dans l'ouvrage d'Engelhardt
Pour le monastère, étaient autrefois sans doute d’une importance capitale un calendrier perpétuel ou martyrologe, ainsi que plusieurs cycles chronologiques, que Herrade a certainement réalisés avec une patience indicible.
Note Note 
*II) La planche X gravée sur cuivre rouge en donne des exemples. *I) Nous nous empressons naturellement d'examiner si cette liste présente une trace de la papesse Jeanne, et, en attendant, nous avons été tout particulièrement invités à ne pas perdre de vue cette circonstance. Dans le catalogue de Herrade, à Léon IV succède immédiatement — Benoît III, et il ne s'y trouve nulle part la moindre trace de cette histoire, ni aucune rature, ni aucune lacune. On trouve cependant ici et là des divergences par rapport aux listes habituelles des papes, par exemple par rapport à celle des Tablettes chronologiques de Lenglet Du Fresnoy (Paris, 1744), que nous avons précisément sous les yeux. Cela nous a d'autant plus déterminés à joindre à nos additions la liste complète des papes tirée de Herrade. 
Dans le premier [de ces calendriers], on trouve pour chaque jour un trait perpendiculaire ; chaque premier jour du mois repose sur un petit demi-cercle ; à partir du septième jour, depuis le premier janvier, le trait est prolongé afin de permettre de trouver la lettre dominicale. Des traits transversaux simples, doubles, triples ou multiples, tracés en croix, indiquent les jours de fête ; des points ajoutés indiquent les fêtes du Christ, de la Vierge ou des Apôtres ; des virgules, les veilles de fêtes ; l'upsilon indique les jours néfastes (dies aegyptiaci). Le nombre d'or du cycle de dix-neuf ans est inscrit au-dessus des traits correspondant aux jours de la semaine. Le même martyrologe se trouve en double : une première fois dans un grand cercle, une seconde fois sous la forme d'une ligne horizontale particulière pour chaque mois. Dans l'espace intérieur du premier se trouvent le cycle de dix-neuf ans avec les épactes, ainsi qu'un tableau indiquant les lettres pascales, le jour du mois auquel tombe Pâques, le nombre de jours allant de Noël à la Quadragésime, et le nombre de semaines jusqu'à l'Avent, pour une période de trente-deux ans. » tables
de 318V
Note *II)
Trois pages consécutives, divisées par des lignes perpendiculaires et transversales qui se croisent en 532 carrés, contiennent un tableau établi selon le grand cycle dionysien pour autant d'années, c'est-à-dire de 1175 — d'après l'année de l'Annonciation indiquée à côté — jusqu'à 1707 ; pour chaque année, dans le carré qui lui est consacré, figurent la lettre pascale, puis, au moyen de traits et de points, le nombre de semaines et de jours allant de Noël à la Quadragésime, ainsi que le jour de la semaine auquel tombe le quatorzième jour, tout cela étant indiqué. Un signe particulier permet de reconnaître les années bissextiles ; d'autres indiquent la première année du cycle de dix-neuf ans, ou cycle d'or, ainsi que celle du cycle de treize ans de l'indiction.
Pour un même nombre d'années (de 1156 à 1688), un poème hexamétrique *III) composé avec beaucoup de peine donne le nombre des semaines et des jours qui s'écoulent, chacune de ces années, entre Noël et la Quadragésime ; et cela de telle manière qu'un mot est attribué à chaque année, le nombre de ces semaines, augmenté des jours supplémentaires, étant indiqué pour les premières par le nombre de lettres de chaque mot, et pour les seconds par les points ajoutés au-dessus de chaque mot. Un B placé au-dessus du mot indique une année bissextile. Chaque vers du poème forme à lui seul un sens complet : tantôt une sorte de sentence morale, tantôt une remarque pieuse ou un enseignement, parfois même une sorte d'épigramme, comme : confundunt Lenocinio stultos meretrices *, ou atteritur stolidus blandimento muliebri **. Que certaines formulations paraissent très forcées est dans la nature même de la chose.
à 321V
* Les prostituées égarent les insensés par leurs séductions
** L'insensé est vaincu par la flatterie féminine.
Chaque fois, les explications et les règles nécessaires à l'utilisation des calendriers et des cycles sont ajoutées. L'année 1156, date à laquelle le calendrier a été réalisé, est indiquée entièrement en toutes lettres comme annotation.
*III) Nous reproduisons intégralement cet étrange poème dans nos additions. (plus avant page 162 et suivantes)