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5 - Des vêtements, des objets, de l'architecture et du mode de vie au XIIe siècle,                               d'après les peintures de Herrade.
*) Il a été remarqué plus haut combien les peintures de Herrade sont instructives pour la connaissance des vêtements, de nombreux objets et outils, du mode de vie et des mœurs de son époque, notamment en raison de la fidélité avec laquelle elle reproduit elle-même jusque dans leurs moindres détails les éléments des vêtements et, de manière générale, de tous les objets qu'elle représente.
Ici nous sommes dans un domaine où Engelhardt excelle particulièrement et il nous fait remarquer de nombreux détails que nous ne verrions pas à la seule vue globale de la miniatures. 
Les documents à l'appui et l'explication visuelle de nos remarques, qui constituent l'objet du présent chapitre, ont été pour l'essentiel déterminants dans le choix destiné à la composition de nos planches gravées sur cuivre. Ainsi, la première planche et une partie de la deuxième donnent la représentation du costume civil ordinaire, à quoi s'ajoute l'image des trois Rois mages sur la troisième planche ; la deuxième contient principalement le costume ecclésiastique, auquel s'ajoutent encore quelques images de la cinquième planche et, sur l'échelle des Vertus, la planche IX ; la troisième planche est consacrée à l'armement des guerriers ; les quatrième et cinquième aux objets et aux instruments de musique ; les sixième et septième, en partie, aux véhicules et au harnachement des chevaux. Outre les particularités de la représentation, les huitième, neuvième, onzième et douzième apportent encore de nombreux éléments et témoignages complémentaires aux précédents, sous leurs différents aspects. L'explication particulière des planches gravées se combine au texte pour éclairer systématiquement ces différents objets.
Nous fournirons le plus possible des représentations détaillées des Miniatures lorsqu' Engelhardt procèdera à une analyse poussée. Celles-ci seront soulignées dans le texte.
Lorsque les images présentées ne feront pas partie de l'ouvrage d'Engelhardt, ceci sera mentionné pour éviter toute lecture erronnée de l'ouvrage.
Voici ce qu'il en est de l'habillement masculin : on ne remarque nulle part de chemise ; en revanche, une sorte de pantalon ample et long, de couleur blanche et probablement en toile, qui ne monte pas au-dessus des hanches et se termine autour des reins par un bourrelet plissé, resserré par une courroie passée à l'intérieur, dont l'extrémité pend. Chaque jambe du pantalon est entièrement rentrée dans le bas ; cela se voit clairement dans la représentation du Juif qui, dans l'histoire du Bon Samaritain, est maltraité et dépouillé par des brigands. Dans la représentation d'un possédé, celui-ci ne porte pour seul vêtement que ce pantalon ; seulement, dans ce dernier cas, la toile est simplement nouée autour des hanches.
Les bas montent jusqu'au-dessus du milieu des cuisses et sont fixés sur le devant par une courroie remontant jusqu'au bourrelet mentionné ; cette courroie est maintenue sur le bas de telle sorte qu'elle passe par une petite ouverture ou fente et soit nouée derrière. Les bas, probablement en laine, sont généralement rouges, mais on en voit aussi de toutes les autres couleurs ; l'un des trois Rois porte des bas jaunes ornés de roses tissées ou brodées.
Le reste du vêtement masculin consiste en une tunique assez ajustée ; elle se ferme en haut autour de la poitrine, en laissant le cou libre ; les manches sont étroites et descendent jusqu'aux poignets. Une ceinture ou courroie de cuir, pas toujours visible, souvent rouge chez les princes, resserre la tunique autour des reins. Chez les personnages de très haut rang, le bas de la tunique descend jusqu'aux chevilles ; chez les moins distingués, jusqu'aux mollets ; chez les gens de condition inférieure, seulement  jusqu'aux genoux. Les voyageurs les portent largement relevées sur les côtés, ou également simplement remontées de façon uniforme jusqu'aux genoux. On en trouve de toutes les couleurs, également rayées, mouchetées et fleuries. Chez les princes et les personnages de haut rang, elle est ornée autour du cou, des poignets, ainsi qu'au milieu du haut des manches, parfois aussi tout le long de la partie centrale du devant et sur le bord inférieur, de bordures brodées ou tissées, plus ou moins larges, jaunes ou brunâtres ; celles des princes sont décorées de jolies arabesques ; chez les gens de condition inférieure, seulement de petits anneaux et points, ou bien elles sont tout à fait simples. Les bandes ornant la tunique autour des poignets et aussi des bras sont presque toujours présentes même chez les gens du peuple ; quelquefois, mais rarement, le bas de la tunique porte une bordure d'une autre couleur. 
Sur la figure du guerrier qui tombe à la renverse de l'échelle des Vertus, on voit que la tunique est fendue sur le devant, dans sa partie inférieure, presque jusqu'aux reins. En même temps, comme cela apparaît encore chez quelques autres figures, elle est découpée tout autour dans sa partie inférieure en larges pans profonds à des fins décoratives. C'est le cas de celle du porte-armes du roi Pharaon, qui est en outre divisée longitudinalement en deux moitiés de couleurs différentes, violet et vert, comme on le voit encore de nos jours çà et là dans les vêtements de certains messagers municipaux. Le fils malade du centurion de Capharnaüm porte une tunique de lit dont les manches, plus courtes, ne couvrent que le haut du bras ; d'autres personnages couchés ont la tunique ordinaire. La tunique, avec les bas et le pantalon, (de ce dernier n'est visible que la partie centrale qui pend comme un tablier, et seulement lorsque la tunique est fortement relevée ou qu'un mouvement vers le haut est effectué,) ne constituent d'ailleurs avec, tout au plus, que des chaussures, l'ensemble du costume.
Un de ces vêtements est représenté parmi les objets qui font tomber de l'échelle des Vertus le guerrier et la femme du monde
Tous les personnages de haut rang portent un manteau correspondant à la chlamys, généralement maintenu sur l'épaule droite par un large bouton métallique, laissant le côté droit libre et descendant jusqu'aux mollets ; chez les personnes moins distinguées, il descend moins bas. Çà et là, mais rarement, il est fixé, au lieu de l'épaule droite, à l'épaule gauche ou sur le devant de la poitrine. Chez les rois et les princes, le manteau est généralement rouge ou vert ; mais on le voit aussi dans d'autres couleurs, et même rayé ou fleuri. Le manteau des princes, et en général de tous les personnages de très haut rang, possède presque toujours une doublure blanche et bleuâtre, parfois blanche et grisâtre, rarement blanche et brunâtre, où les deux couleurs, en plusieurs alternances, forment le dessin de l'Eysis, du vocabulaire héraldique (chez les Français vair) ; sur le manteau ainsi doublé, sur lequel le duc Attich est agenouillé, ainsi que sur celui qui pousse le guerrier à tomber de l'échelle des Vertus, on voit nettement des poils dépasser du col, ce qui permet d'établir avec certitude que cette doublure est une fourrure, et parle en général en faveur de l'interprétation française selon laquelle une précieuse doublure de fourrure aurait donné naissance à cette figure héraldique, tandis que les héraldistes allemands y voyaient des heaumes. Une seule fois, un manteau porte une bande de fourrure semblable sur sa face extérieure. La tunique de la Superbia est ornée, sur toute la longueur des côtés du haut, de bandes du même genre de fourrure d'Eysis. 
Combien ces manteaux étaient précieux ressort notamment du fait qu'un de ces vêtements est représenté parmi les objets qui font tomber de l'échelle des Vertus le guerrier et la femme du monde. Les tuniques et les manteaux étaient probablement en étoffe de laine ; seules certaines tenues des personnages de haut rang, particulièrement celles qui sont rayées, laissent presque supposer, d'après leur traitement des ombres, une étoffe plus fine, peut-être de la soie ou du velours. 
folio 215 V Christen-Tisserant Cette image n'était pas incluse dans l'ouvrage d'Engelhardt